Benjamin Shielden : « Je pense qu’A Blind Legend ouvre une porte sur les sens »

Posted on 09 févr. 2016 in A Blind Legend | 0 comments

Benjamin Shielden, compositeur français et joueur aguerri d’A Blind Legend, travaille actuellement sur la bande originale du jeu. Il nous explique sa vision et nous donne un avant-goût de la BO qu’il prépare.

Benjamin Shielden

Vous êtes compositeur, vous avez notamment composé les musiques des films Colt 45 et Horsehead, pourriez-vous nous en dire plus sur vous ?

J’ai également travaillé sur un film anglais nommé Hi Lo Joe qui va sortir bientôt, sur un film nommé La Résistance de l’Air, sorti en mars 2015, et sur une série pour Canal + qui s’appelle Le Baron Noir et qui sortira en 2016.

Je suis un compositeur français de 34 ans, qui me suis frotté à pas mal de style durant mes 10 premières années de carrière comme l’électro, la techno, le hip-hop, la pop ou le trip-hop. C’est en revanche vraiment depuis 2 ans que je fais, avec ma petite équipe de choc, un travail qui me permet de satisfaire mes aspirations les plus profondes. J’ai commencé à tripoter des sons à l’âge de 15 ans et j’ai appris la production step by step, style par style, jusqu’à enfin oser me présenter devant le seul vrai recruteur de ma vie : le cinéma. J’ai commencé, parce que c’était plus simple, par de la publicité, puis j’ai enchainé par un film français. J’ai ensuite franchi la manche pour une première expérience avec le cinéma anglais et c’est tout logiquement que j’arrive donc maintenant à Hollywood, où je suis en train de travailler sur mes premières très grosses productions cinématographiques.

Vous avez aimé jouer à A Blind Legend, vous y avez même joué plusieurs fois, réaliser sa bande son était-il un projet qui vous tenait à cœur ?

J’ai en effet joué le jeu plusieurs fois. Déjà pour vivre l’aventure dans les 2 langues proposées, mais j’ai aussi été curieux de découvrir toutes les façons de mourir, tous les bruitages cachés ci et là, tous les détails à côtés desquelles on peut passer si on file directement à l’objectif désigné. J’ai même réussi la performance absurde de finir le jeu en n’utilisant pas de casque. Je voulais le faire découvrir à ma copine qui n’était pas bien dégourdie dans le noir, et je l’ai donc joué sur le haut parleur de mon iPhone. C’est plus dur, mais avec de la mémoire j’ai réussi, et sans perdre les 5 vies offertes au départ, à boucler la quête.

J’ai effectivement pris un énorme plaisir à me balader dans l’univers crée par Dowino. Les sensations de jeu sont très bonnes, la réalisation globale est remarquable et le niveau de difficulté très bien dosé. J’ai été très heureux de participer à l’aventure à ma manière, en écrivant ces quelques minutes de musique. J’aurais, rétrospectivement, aimer faire beaucoup plus, mais cela attendra peut-être une prochaine aventure de Dowino.

Qu’est-ce qui vous a plu dans le jeu ?

Tout m’a plu. Ce qui a été fait, ce qui a été pensé et bien pensé, mais aussi les perspectives que cela ouvre. A Blind Legend n’est pas si segmentant que cela, le problème de mon point de vue serait d’en faire un outil estampillé “handicap”. Si on va par là, le cinéma peut être qualifié d’outil de divertissement pour les handicapés de l’imagination qui du coup, ne sauraient quoi faire d’un livre où rien ne s’affiche. Je pense qu’A Blind Legend ouvre une porte sur les sens, à une époque où 4 de nos 5 sens sont censés disparaitre au profit de l’unique vue. Ici, et de façon un peu extrême, on rappelle au gens que les oreilles permettent aussi de faire autre chose que de transmettre, en messages subliminaux à notre cerveau, les publicités de la grande distribution.

Comment avez-vous imaginé la musique d’A Blind Legend ?

Je voulais impérativement faire une transcription musicale complète du jeu. Je suis plutôt habitué à faire l’inverse puisque les partitions que je peux proposer dans mes films sont à mi-chemin entre musicales et sensorielles et ont toujours vocation à aller chercher dans les tripes du spectateur ce que la musique pure, par habitude, ne peut plus trouver. Mais ici, comme le jeu propose déjà cette démarche, j’ai fait l’inverse. Je me suis privé d’outils de sound design pour me concentrer sur des instruments organiques et expressifs, en essayant toutefois de ne pas composer un morceau déjà mille fois entendu et cliché de la représentation musicale que l’on se fait du Moyen-Âge.

Quelle vision du jeu, quelle ambiance avez-vous souhaité retranscrire à travers elle ?

Je voulais faire de la citation discrète de certaines scènes ou de certains éléments scénaristiques du jeu. La voix de Caroline pendant les délires d’Edward. Les chants des moines des hauteurs, les scènes de combats à l’épée, la poursuite à cheval, la forêt des embrumes. Mais je voulais aussi offrir l’état émotionnel interne d’Edward. Il est facile de fermer ses yeux le soir dans son lit et d’imaginer le monde, mais faites le en plein jour, face à des dangers potentiels, vous verrez a quel point l’adrénaline devient une compagne qui distord votre perception et vos rapports émotionnels avec les autres.

Qu’est-ce qui vous a inspiré ?

Le souvenir qu’Edward a de ses yeux. La culpabilité qui les lui a fait perdre, et l’humilité qu’il montre face à la force de son destin.

Avez-vous d’autres projets cette année ?

Oui j’ai beaucoup de projets. Le monde pour les musiques des films que l’on me propose d’illustrer, mais aussi la France pour ma carrière d’écrivain, pour les sorties de romans co-écrits avec ma soeur Caroline. Enfin, pour finir, mes premiers pas dans l’écriture de scénarios de films pour l’Europe et les États-Unis. Il semblerait que se dressent face à moi, les montagnes de glace…

Un dernier mot ?

Je souhaite beaucoup de plaisir aux petits chanceux qui n’ont pas encore joué à A Blind Legend. Et j’encourage Dowino à ne pas laisser à l’abandon cette porte ouverte sur l’exploration de ces univers des sens.

 

Suivez l’artiste sur Soundcloud et Deezer.