Les réseaux sociaux sont en passe d’être interdits aux moins de quinze ans : soulagement pour les uns, aveu de faiblesse pour les autres, il n’empêche que la question abordée par ce projet de loi en soulève bien d’autres. Un enfant ou un adolescent n’ayant pas accès aux réseaux sociaux est-il nécessairement à l’abri des dangers d’Internet ? Ses données personnelles sont-elles correctement protégées ? Est-il encore susceptible de lire des fake news ?
À une époque où les premiers smartphones et tablettes sont acquis à un âge de plus en plus précoce, la question de l’éducation numérique des enfants et des adolescents devient plus que jamais une priorité. Parents, enseignants et formateurs sont de plus en plus confrontés au défi que représente une génération connectée plus précocement, sans être pour autant avertie des dangers inhérents à cette connexion. Ces dangers peuvent néanmoins être contrés, pour peu que l’on connaisse et inculque quelques bonnes pratiques. Il convient d’ailleurs de ne pas diaboliser les contenus numériques et de garder en tête qu’une utilisation intelligente et raisonnable peut être très bénéfique sur bien des aspects. Petit tour d’horizon des risques liés au numérique et de quelques bonnes pratiques pour les anticiper ou y faire face en toute sérénité.


Quels sont les risques liés à Internet aujourd’hui ?
Avec la progression des nouvelles technologies, Internet offre de plus en plus de possibilités mais fatalement, les dangers qui les accompagnent se multiplient. Les enfants et adolescents y sont d’autant plus exposés car ils peuvent représenter des cibles de choix pour des personnes mal intentionnées. Sans ordre hiérarchique, on peut citer six principaux dangers principaux à garder à l’esprit quand une jeune personne se connecte où que ce soit :
- La propagation de fake news : véritable fléau de nos sociétés modernes, les actualités manipulées, les théories présentées comme des faits et autres trucages complexifient l’accès à une information claire et impartiale de nos jours, d’autant plus à l’ère de l’intelligence artificielle (IA). Les jeunes gens peuvent être plus facilement influençables, notamment sur les réseaux sociaux, et sont donc d’autant plus exposés aux fausses informations.
- Les rencontres en ligne : que ce soit sur des forums, des applications dédiées ou certains jeux vidéo comme Roblox, les enfants et adolescents sont à même d’interagir directement avec des inconnus du monde entier. Si la plupart de ces interactions sont bienveillantes, certains utilisateurs malveillants rôdent sur ces plateformes et peuvent s’en servir pour attirer leurs victimes dans des situations très dangereuses.
- Les arnaques financières : si les enfants et adolescents ont rarement des ressources financières faramineuses, celles de leurs parents peuvent représenter une cible de choix pour les escrocs en ligne. Certains d’entre eux passent justement par des plateformes spécifiquement fréquentées par les enfants de leurs victimes comme des jeux en ligne ou des forums et parviennent à les convaincre de leur donner des informations sensibles comme des coordonnées bancaires.
- La surexposition de la vie privée : bien qu’il soit toujours possible d’effacer un contenu sur son propre compte, il est bien plus difficile d’en empêcher la rediffusion. Avec la possibilité systématique de prendre des captures d’écran qui sont ensuite diffusées partout, n’importe quelle photo, n’importe quel message ou coordonnées (RGPD) peuvent être dévoilés voire même revendues. Parfois, ces contenus que l’on souhaitait voir disparaître peuvent devenir des moyens de pression comme les chantages à la sextape.
- Le cyberharcèlement : si le harcèlement scolaire est un fléau tristement ancien, la multiplication des réseaux sociaux l’a transposé à une échelle bien plus large. De nos jours, le harcèlement dépasse largement le cadre des couloirs d’un établissement scolaire et peut poursuivre la victime jusque dans sa chambre. Insultes, menaces, moqueries continues peuvent avoir des impacts désastreux sur la confiance en soi et la santé mentale des enfants et adolescents, en témoignent les dramatiques affaires de suicide de jeunes gens, harcelés dans leur collège ou lycée et sur les réseaux sociaux.
- Les contenus dits “choquants” : en dépit des limites d’âge et des vérifications imposées par certaines plateformes, les utilisateurs, notamment les adolescents peuvent être confrontés à des contenus non adaptés à leur âge ou particulièrement choquants comme des photos sexualisées ou des vidéos très violentes.

Prévention des risques : les bonnes pratiques à adopter
Certes, les dangers sur Internet sont nombreux mais il serait contre-productif de vouloir bannir n’importe quel outil numérique à cause d’eux. D’une part, et qu’on le veuille ou non, les outils digitaux font partie intégrante de notre quotidien et savoir les utiliser est essentiel, que ce soit dans la vie civile ou professionnelle. D’autre part, il est parfaitement possible de se protéger et de protéger ses enfants de ces dangers en adoptant quelques bons réflexes qui permettent de tirer tout le potentiel des outils du numérique en toute sécurité. Quelques exemples ci-dessous :
- Communiquer, échanger, parler : les réseaux sociaux, Internet et le numérique au sens large ne devraient pas être un sujet tabou. Normaliser et maintenir le dialogue autour de ces outils est un excellent moyen de protéger les jeunes des dangers potentiels d’Internet. Certains événements peuvent être difficiles à aborder, en raison d’un caractère tabou ou d’une forme de honte associée à l’événement en lui-même : instaurer une relation de confiance autour de ces sujets est donc d’autant plus important. Et qui sait, vous en apprendrez sans doute beaucoup vous-même !
- Apprendre aux jeunes gens à bien utiliser les outils numériques : l’éducation numérique des enfants par la famille, le système scolaire, mais aussi par des structures associatives comme les MJC, permet à la cible de mieux comprendre comment fonctionnent les outils numériques mais surtout comment s’en servir intelligemment. Ceci est d’autant plus vrai à l’ère des intelligences artificielles (IA) qui peuvent offrir une tentation du travail facile et dénué de réflexion, notamment en ce qui concerne le travail scolaire. Apprendre à utiliser des outils avec méthode et raison est donc essentiel.
- Rappeler ce que dit la loi : tout le monde a des droits et des devoirs, en société comme sur Internet. Apprendre aux nouvelles générations ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas peut les aider à repérer les situations anormales, à les signaler et à s’en protéger. Discuter de ces notions juridiques peut, à titre d’exemple, être un excellent moyen de sensibiliser les jeunes gens sur leur utilisation des réseaux sociaux, la gestion de leur droit à l’image et la sécurisation de leurs données personnelles avec le règlement général sur la protection des données (RGPD).
- Inculquer de bons réflexes pour gérer son temps d’écran : en 2024, les Français passaient en moyenne 4h27 sur les écrans, avec des pics à 7h chez les adolescents. S’il est évidemment difficile de se passer d’écran aujourd’hui, pour de bonnes comme de mauvaises raisons, il est intéressant de maintenir chez les jeunes personnes une conscience de la place prépondérante qu’ils prennent dans leur vie. Proposer une “détox digitale” collective, apprendre à se passer d’écran pour certaines tâches et activités, à ne pas l’utiliser juste avant de se coucher ou immédiatement au réveil… toutes sortes de “micro-actions” sont possibles pour (r)établir une relation saine avec les écrans.
- S’impliquer dans la vie numérique et s’informer des nouveaux codes : se tenir informé de l’évolution des technologies est un bon moyen de pouvoir en discuter posément avec les jeunes gens. Qu’il s’agisse de partager leur passion dans le cas des jeux vidéo, de pouvoir parler avec eux à propos d’un nouveau réseau social ou simplement de rester au courant, une forme de veille active peut être intéressante !
Léa et ses réseaux, le serious game pour une éducation numérique renforcée
Passer par le jeu peut-être un excellent moyen de transmettre des pratiques numériques saines, particulièrement quand il s’agit des jeunes enfants et des adolescents. Certains serious games peuvent être tout à fait pertinents pour faire de la prévention de manière originale, à l’image de Léa et ses réseaux, conçu par Dowino pour la Fondation OVE, afin de sensibiliser aux dangers potentiels des réseaux sociaux.
Le jeu aborde plusieurs thèmes en profondeur dont le cyberharcèlement, les arnaques en ligne et la protection de la vie privée sous la forme de mini-enquêtes. En rassemblant des indices, les joueurs résolvent des énigmes et peuvent comprendre si les personnages sont victimes de situations problématiques sur Internet.

Les nouveaux défis soulevés par l’intelligence artificielle
À l’ère où les différentes intelligences artificielles offrent des possibilités de plus en plus sophistiquées et impressionnantes, de nouvelles menaces peuvent survenir pour les jeunes utilisateurs. La fabrication de fausses informations de plus en plus crédibles ou la création de deep fake sont deux des problèmes majeurs posés par ces nouvelles technologies.
Avoir conscience de ces problématiques est un premier pas pour en discuter avec son enfant ou son adolescent et notamment lui rappeler l’importance de développer et utiliser son esprit critique. Apprendre à distinguer le vrai du faux, les faits et les opinions, les extrapolations et la réalité, savoir recouper les sources, sont essentiels pour garantir une information juste, vérifiée et être en capacité de prendre des décisions éclairées.
La sécurité des données personnelles (RGPD) est également une question importante : peu de personnes savent que les données transmises, par exemple, dans un prompt sur ChatGPT, ne sont plus privées et qu’elles peuvent alimenter l’algorithme de l’intelligence artificielle (IA).
En bref, la vigilance et la pédagogie sont d’autant plus cruciales dans une ère de changements technologiques aussi rapides et drastiques.
L’éducation numérique des enfants et adolescents : un défi du quotidien
Face à la multiplication des réseaux sociaux, à l’essor de l’IA et à la démultiplication des usages d’internet dans tous les domaines, n’importe qui peut se retrouver démuni sur la façon de sensibiliser les jeunes aux risques dont il faut se méfier et aux bonnes pratiques à adopter. Il est néanmoins essentiel de tenir bon et de maintenir un dialogue permanent sur ces thématiques : au-delà de la place de plus en plus large que les outils numériques occupent dans la vie de chacun, normaliser leur existence dans le dialogue avec les jeunes personnes est essentiel. De nombreuses ressources existent en ligne et sous de multiples formes : l’essentiel revient à ne pas dramatiser la situation et de rester ouvert dans la discussion, le tout pour armer les nouvelles générations face aux défis numériques de demain.
Un article écrit par Henri BAZIRE.
