Le serious game et les soft skills, enjeux de la formation professionnelle

serious game et soft skills

Avec la crise que nous traversons, les entreprises voient l’environnement de travail de leurs salariés évoluer à vitesse grand V : télétravail, « 100% remote », incertitudes, équilibre vie pro/vie perso…

La formation va devoir s’adapter à ces nouvelles conditions, non seulement en se digitalisant, mais aussi en permettant aux salariés de travailler ses soft skills.  La majorité du budget formation est généralement attribué à l’apprentissage des compétences purement techniques et opérationnelles, également appelées hard skills. Pourtant, de nombreuses études ont démontré que 80% de la réussite professionnelle dépendrait en réalité de la maîtrise des soft skills. Et c’est encore plus vrai aujourd’hui.

Derrière cet anglicisme se cache l’ensemble des compétences humaines et comportementales des salariés, comme la gestion du temps et du stress, la confiance en soi, l’empathie, l’intelligence émotionnelle, la communication verbale, l’organisation du travail, ou encore la créativité… Et ça tombe bien, le serious game est un outil parfaitement adapté pour travailler ces compétences !

Pourquoi le serious game est-il adapté à la conquête des soft skills ?

Vous l’aurez compris, on ne peut pas acquérir ces compétences avec la même méthode que pour des compétences métiers. Un cours magistral ou un e-learning pour apprendre à avoir confiance en soi n’aurait pas de sens ! Il est crucial de proposer une mise en pratique réelle, dans un environnement idéal (où l’on se sent en sécurité) pour développer ces compétences comportementales.

C’est dans cette démarche de mise en situation que le serious game est pleinement pertinent ! Il est possible d’immerger les salariés dans un univers virtuel où ils peuvent se retrouver dans des situations bénéfiques à l’apprentissage. Dans cette optique, les mécaniques du jeu doivent être conçues pour permettre de mesurer avec pertinence et précision les soft skills ciblées, ainsi que les modalités de mesure de ces dernières. Par exemple, l’ordre, la manière et la rapidité avec lesquels un joueur va effectuer certaines actions pourra permettre de faire ressortir – entre autres – ses capacités d’organisation.

Mais les mécaniques seules ne seront pas toujours suffisantes : l’histoire qui va se dérouler, le personnage que l’on va incarner, l’environnement graphique et sonore, vont permettre de créer un contexte adéquat au développement des soft skills.

Bien sûr là encore, on ne pourra pas faire un jeu fourre-tout où toutes les compétences sont abordées et adaptées à toutes les personnes. Il faudra bien identifier quelle est la compétence-clé à acquérir et à qui on s’adresse pour le que le jeu sérieux soit efficace. Par exemple on pourrait imaginer qu’un escape game virtuel dans lequel il faut résoudre une enquête prenante en temps limité peut être bien adapté pour apprendre à gérer son stress, ou encore un jeu de ‘crafting’ ou ‘bac à sable’ type Minecraft semble une bonne piste pour développer sa créativité, etc…

Les émotions au service de l’acquisition des soft skills

Plusieurs étapes sont nécessaires pour travailler ses soft skills, la première étant la prise de conscience de ses propres capacités pour chaque thématique. Pour opérer cette prise de conscience, le fait de se mettre dans la peau d’un personnage qui soit potentiellement très différent de soi est une façon très efficace de se remettre en question.

Prenons l’exemple du jeu sérieux En route que nous avons conçu pour l’association IVM (Institut pour la Ville en Mouvement), à destination d’un public en réinsertion professionnelle et sociale. Dans ce serious game, le joueur doit traverser la ville pour mener à bien des missions plus ou moins loufoques, comme partir à la recherche d’un ours qui s’est échappé du zoo. Peu importe l’objectif, même si les situations peu anodines vont aider à la mémorisation, ce qui nous importe ce sont les décisions du joueur face aux situations qu’il va rencontrer, et comment il va s’adapter aux surprises sur sa route. Le joueur sera ainsi amené à interroger ses propres pratiques, tout en douceur.  

Une fois cette prise de conscience établie, le serious game peut également permettre de se projeter dans un univers virtuel pour expérimenter des comportements différents de nos habitudes. Imaginons un jeu dans lequel un manager teste différentes façons de répondre à un collaborateur et voit l’effet sur celui-ci, avec une simple expression du visage ou une réaction textuelle. On va utiliser les émotions ressenties par le joueur pour l’amener à modifier ses pratiques, et développer son empathie par exemple.

Afin de rendre cette mise en pratique encore plus bénéfique au développement de ces compétences, nous appuyons nos serious games sur la concentration des joueurs dans le but d’atteindre l’état de flow. Un état mental bien précis qui permet d’immerger encore davantage l’apprenant dans son expérience de formation. Une fois atteint, l’état de flow est très profitable car le joueur éprouve un sentiment d’engagement total, lui donnant envie d’atteindre ses objectifs et d’améliorer ses compétences. Grâce à cette immersion totale et à cette implication naturelle, les collaborateurs sont plus motivés que jamais, rendant mécaniquement l’apprentissage des soft skills beaucoup plus efficace.

L’acquisition des soft skills dans le cadre de la formation professionnelle implique donc de repenser les outils mis à disposition des collaborateurs, et c’est un véritable défi pour les organisations. Ce sera vraisemblablement au bénéfice de l’implication et de l’engagement des salariés.